La question que tu n’oses pas poser
Il y a une question qui circule en toi depuis un moment. Parfois clairement formulée. Souvent juste ressentie comme une légère déstabilisation, un sol qui n’est plus tout à fait solide sous tes pieds.
Qui suis-je maintenant ?
Pas qui es-tu en tant que mère tu sais répondre à ça. Pas qui es-tu en tant que professionnelle, amie, fille tu as des réponses pour ça aussi.
Mais toi. La femme. Celle d’avant les enfants, avant le mariage, avant que ta vie se construise autour des besoins des autres. Celle qui avait des désirs qui n’appartenaient qu’à elle. Des envies sans justification. Une façon d’occuper l’espace qui était uniquement la sienne.
Est-ce qu’elle existe encore ?
Cette question qui suis-je maintenant est au cœur de la Seconde Matrescence. Et elle mérite mieux que le silence dans lequel la plupart des femmes la gardent.
Comment l’identité se construit et se déconstruit
Pour comprendre ce qui se passe, il faut revenir à quelque chose de fondamental : l’identité n’est pas un état fixe. C’est un processus dynamique. Une construction permanente, influencée par les rôles que tu occupes, les relations que tu entretiens, les expériences que tu traverses.
Le psychologue Erik Erikson a montré que l’identité se reconstruit à chaque grande transition de vie. La maternité en est une. L’adolescence de ton enfant en est une autre moins reconnue, mais tout aussi profonde.
Quand tu es devenue mère, ton identité s’est réorganisée autour d’un nouveau centre de gravité. L’enfant. Ses besoins. Son développement. Son rythme. Progressivement, consciemment ou non, une grande partie de qui tu es s’est définie en relation à lui.
Tu es la mère de.
Et puis l’adolescence arrive. Et cet enfant qui était ton centre de gravité commence à s’éloigner. Pas brutalement, pas définitivement. Mais réellement. Il construit son identité propre. Il se sépare. Il te repousse parfois. Il n’a plus besoin de toi de la même façon.
Et toi, tu te retrouves face à une question que tu n’avais pas anticipée : si je ne suis plus la mère dont il a besoin à chaque instant, qui suis-je ?
Les quatre visages de la crise d’identité
La crise d’identité chez les mères d’ados ne ressemble pas toujours à ce qu’on imagine. Elle se présente rarement comme un effondrement spectaculaire. Elle arrive souvent par petites touches, dans des moments ordinaires.
Le vide soudain. Ton ado est dans sa chambre. La maison est silencieuse. Et tu ne sais pas quoi faire de toi-même. Pas d’ennui ordinaire quelque chose de plus profond. Une absence de désir propre. Une difficulté à savoir ce que tu veux, toi, quand personne ne te demande rien.
La perte de sens. Les tâches quotidiennes qui avaient un sens évident préparer le repas, organiser les activités, être disponible semblent soudainement moins nécessaires. Ton enfant mange n’importe quand, refuse tes propositions, préfère ses amis. Et toi, tu ne sais plus très bien pourquoi tu fais ce que tu fais.
Le retour des questions anciennes. Des questions que tu croyais avoir réglées il y a longtemps remontent à la surface. Est-ce que j’ai fait les bons choix professionnels ? Est-ce que cette relation me correspond vraiment ? Est-ce que j’ai vécu pour moi ou pour une image de ce que je devais être ? Ces questions ne sont pas une régression. Elles sont le signe que tu es prête à aller plus loin.
L’étrangeté à soi-même. Te regarder dans le miroir et ne pas tout à fait reconnaître la femme qui te regarde. Pas seulement physiquement identitairement. Sentir que tu joues un rôle dont tu ne t’es jamais vraiment demandé si c’était le tien.
Pourquoi c’est maintenant
Il y a une raison précise pour laquelle cette crise émerge à ce moment de ta vie et pas avant, et pas après.
L’adolescence de ton enfant coïncide presque toujours avec ta propre mi-vie. Les quadra, la quarantaine une période que la psychologie jungienne appelle le tournant de la vie. Le moment où l’on cesse de construire vers l’extérieur la carrière, la famille, le statut social et où quelque chose en soi exige de se tourner vers l’intérieur.
Carl Jung appelait ce processus l’individuation. La quête de soi authentique au-delà des masques, des rôles, des adaptations sociales. Ce processus commence souvent entre 35 et 45 ans, déclenché par une prise de conscience parfois douce, parfois brutale que la première moitié de la vie a été vécue en répondant aux attentes des autres.
L’adolescence de ton enfant agit comme un catalyseur de ce processus. Son détachement te force à te retourner vers toi. Sa propre quête d’identité réveille la tienne. Il cherche qui il est et en le regardant chercher, tu te demandes si toi, tu as vraiment trouvé.
Ce n’est pas une crise. C’est un appel.
Ce que la crise d’identité n’est pas
Elle n’est pas un signe que tu as raté quelque chose. Que tu aurais dû te connaître mieux avant. Que les autres femmes savent qui elles sont et que toi, tu es en retard.
Elle n’est pas de la dépression même si elle peut y ressembler par certains aspects. La dépression est un effondrement de l’énergie vitale. La crise d’identité est une réorientation de cette énergie. La nuance est importante et si tu doutes, consulter un professionnel de santé mentale est toujours la bonne décision.
Elle n’est pas permanente. Toutes les transitions identitaires ont une durée. Elles traversent des phases déstabilisation, exploration, réorganisation, intégration. Ce que tu vis maintenant est une phase. Pas un état définitif.
Et elle n’est pas un problème à résoudre le plus vite possible. C’est un passage à traverser avec curiosité plutôt qu’avec peur.
Traverser la crise d’identité, par où commencer
Il n’y a pas de protocole universel. Mais il y a des pratiques qui, encore et encore, permettent aux femmes de traverser cette période de façon plus fluide.
Nommer ce que tu traverses. La crise d’identité perd de son pouvoir de déstabilisation dès qu’elle est nommée. Dire je traverse une réorganisation identitaire profonde change le rapport à l’expérience. Ce n’est plus quelque chose qui t’arrive. C’est quelque chose que tu traverses intentionnellement.
Revenir à ce qui précède les rôles. Avant d’être mère, avant d’être en couple, avant ta vie professionnelle qu’est-ce qui te faisait vibrer ? Qu’est-ce que tu aimais sans que personne te le demande ? Qu’est-ce qui te rendait vivante ? Ces fils anciens ne sont pas perdus. Ils attendent d’être retrouvés.
Expérimenter sans te définir. La crise d’identité n’exige pas que tu trouves immédiatement une nouvelle identité stable. Elle invite à l’exploration. Essayer quelque chose de nouveau un cours, une pratique, un voyage, une rencontre sans te demander si c’est « toi ». Laisse venir ce qui vient.
Écrire. Le journal intime est l’un des outils les plus puissants de reconstruction identitaire. Pas pour analyser pour laisser émerger. Écrire le matin, sans censure, ce qui vient. Ce processus que la psychologue Julia Cameron appelle les « morning pages » crée un dialogue direct avec soi-même qui contourne les filtres sociaux et les auto-censures habituelles.
Trouver des témoins. Des femmes qui traversent ou ont traversé la même chose. Pas pour avoir des réponses pour ne pas traverser dans l’isolement. La sororité dans la crise d’identité est d’une puissance particulière.
Accepter le temps du passage. La reconstruction identitaire prend du temps. Mois, parfois années. Et c’est normal. Les grandes mutations ne se font pas en un week-end de développement personnel. Elles se font dans la durée, dans la patience envers soi-même, dans la tolérance à l’incertitude.
De l’autre côté
Il y a quelque chose que les femmes qui ont traversé leur Seconde Matrescence disent presque toutes.
Que de l’autre côté, elles se connaissent mieux qu’elles ne se sont jamais connues. Qu’elles font des choix plus alignés. Qu’elles tolèrent moins ce qui ne leur correspond pas et que ça libère une énergie immense. Qu’elles aiment mieux leurs enfants, leurs proches, elles-mêmes parce qu’elles aiment depuis un endroit plus ancré.
Ce n’est pas une promesse que tout sera parfait. C’est une réalité que la traversée vaut la peine d’être faite.
Tu n’es pas en train de te perdre.
Tu es en train de te trouver. 🌙
Diane, psychopraticienne et fondatrice de Mam and the City Cannes · Côte d’Azur · mamandthecity.com
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