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La Reconnexion à soi : retrouver ses désirs propres quand on est mère d’ado

Tu ne sais plus ce que tu veux

Pas dans le grand sens existentiel du terme. Dans le quotidien le plus ordinaire.

Qu’est-ce que tu as envie de manger ce soir toi, pas en fonction de ce que l’ado acceptera ou de ce que le petit réclame ? Qu’est-ce que tu aurais envie de faire ce week-end si tu n’avais aucune contrainte logistique ? Qu’est-ce qui te ferait vraiment plaisir pas ce qui est raisonnable, pas ce qui est utile, pas ce qui ferait plaisir aux autres ?

Beaucoup de mères d’ados, à cette question, marquent une pause. Parfois longue. Et répondent honnêtement je ne sais pas vraiment.

Ce n’est pas de l’indécision. Ce n’est pas un manque de personnalité. C’est le résultat d’années passées à prioriser les besoins des autres au point d’avoir progressivement perdu l’habitude d’écouter les siens.

La reconnexion à soi retrouver ses désirs propres, sa voix intérieure, son sens du plaisir personnel est l’un des travaux les plus profonds et les plus nécessaires de la Seconde Matrescence.


Comment on perd le contact avec soi-même

Perdre le contact avec ses désirs propres ne se fait pas en un jour. C’est un processus lent, presque invisible, qui s’étale sur des années.

Ça commence souvent avec la maternité. Un nourrisson a des besoins immédiats, urgents, constants. Ton cerveau se reconfigure pour y répondre en priorité. Ta sensibilité aux signaux intérieurs j’ai faim, je suis fatiguée, j’ai besoin de silence s’émousse progressivement au profit d’une hypervigilance aux signaux de l’autre.

Ça continue avec les années qui passent. La gestion du quotidien familial. Le travail. Le couple. La logistique. Chaque décision prise en fonction de l’ensemble qu’est-ce qui convient à tout le monde, qu’est-ce qui est possible, qu’est-ce qui ne crée pas trop de complications plutôt qu’en fonction de ce que toi, tu veux vraiment.

Et puis l’adolescence arrive. Et dans cette période de redéfinition la sienne et la tienne tu réalises que tu as perdu le fil. Que si quelqu’un te demande ce qui te fait vibrer, tu cherches la réponse au lieu de la connaître.


Le désir comme signal neurologique

Comprendre ce qui se passe biologiquement aide à aborder la reconnexion sans jugement.

Le désir au sens large, pas seulement sexuel est un signal neurologique. Il est produit par le système dopaminergique le système de récompense et de motivation du cerveau. Quand tu désires quelque chose, ton cerveau libère de la dopamine en anticipation de cette chose. C’est ce qui crée l’élan, l’envie, l’énergie pour aller vers.

Le stress chronique et le cortisol élevé dérèglent ce système. Ils réduisent la sensibilité aux récompenses, aplatissent les signaux de désir, créent un état de grisaille motivationnelle tu n’as pas envie de grand-chose, rien ne t’emballe vraiment, tout demande un effort qui ne semble pas en valoir la peine.

Ce n’est pas de la dépression même si ça peut y ressembler. C’est un système dopaminergique épuisé par des mois ou des années de cortisol chronique.

La bonne nouvelle ce système se restaure. Progressivement, avec les bons signaux.


Les quatre étapes de la reconnexion

Étape 1 Réapprendre à remarquer.

Avant de retrouver tes désirs, il faut retrouver ta capacité à les remarquer. Ils existent encore mais ils sont devenus des murmures là où ils étaient autrefois des voix claires.

Commence par les petits signaux. Qu’est-ce qui attire ton regard quand tu fais défiler Instagram sans but ? Quel rayon de librairie te retient ? Quelle conversation t’anime plus que les autres ? Quelle odeur te fait ralentir involontairement ?

Ces micro-signaux sont de l’information. Ils pointent vers quelque chose. Commence à les collecter sans les analyser.

Étape 2 Créer de l’espace intérieur.

Les désirs ne remontent pas dans le bruit. Ils ont besoin de silence le même silence que celui de l’Architecture du Silence, mais intérieur.

Dix minutes par jour sans stimulation sans podcast, sans musique, sans scroll créent les conditions neurologiques pour que la voix intérieure se fasse entendre. Une marche sans écouteurs. Un café bu sans téléphone. Un moment dans le bain sans rien d’autre que l’eau chaude.

Ces moments semblent vides. C’est dans ce vide apparent que quelque chose commence à parler.

Étape 3 Expérimenter sans te définir.

La reconnexion à soi passe par l’expérimentation pas par la réflexion pure. Tu ne retrouveras pas tes désirs en pensant à ce que tu veux. Tu les retrouves en faisant des choses et en observant comment ton corps répond.

Essaie quelque chose que tu n’as jamais fait. Reprends quelque chose que tu aimais avant les enfants. Accepte une invitation que tu aurais normalement déclinée par fatigue ou par logistique.

L’objectif n’est pas de trouver ta passion ou de transformer ta vie. L’objectif est de recréer un dialogue entre toi et tes réponses intérieures. Est-ce que ça me donne de l’énergie ou ça m’en prend ? Est-ce que ça me fait me sentir vivante ou neutre ? Ces données sont précieuses.

Étape 4 Honorer ce qui émerge.

C’est l’étape la plus difficile. Parce qu’une fois que tu commences à entendre ce que tu veux vraiment, il faut décider quoi en faire.

Parfois ce qui émerge est simple tu veux reprendre la danse, lire davantage, aller au cinéma seule. Parfois c’est plus profond une insatisfaction professionnelle, une relation qui ne te correspond plus, une vie qui s’est construite autour de qui tu étais plutôt que de qui tu deviens.

Honorer ce qui émerge ne signifie pas tout bouleverser immédiatement. Ça signifie ne pas faire semblant de ne pas avoir entendu.


Ce qui bloque la reconnexion

La culpabilité. Vouloir quelque chose pour soi du temps, de l’espace, du plaisir active souvent une voix intérieure qui dit que c’est égoïste. Que les enfants ont besoin de toi. Que ce n’est pas le bon moment. Cette voix ment. Un parent qui se reconnecte à lui-même est un meilleur parent plus présent, moins réactif, plus vivant.

La peur de ce qu’on pourrait trouver. Parfois on évite de se reconnecter parce qu’on sent confusément que ce qu’on trouvera va remettre en question des choses établies. Cette peur est compréhensible. Elle est aussi un indicateur que la reconnexion est nécessaire.

L’habitude de la disponibilité totale. Être toujours disponible pour l’ado, pour le petit, pour le travail, pour les demandes de l’entourage est devenu une identité. Y renoncer, même partiellement, même temporairement, crée une résistance. Qui suis-je si je ne suis pas celle sur qui tout le monde peut compter à toute heure ?

L’épuisement. Quand le système nerveux est saturé, l’élan vers soi-même n’existe plus. C’est pourquoi la reconnexion à soi passe d’abord par la régulation du stress dormir, nourrir son système nerveux, créer de l’espace. On ne peut pas se reconnecter à soi depuis l’épuisement.


Le plaisir comme pratique neurologique

Il y a une dimension de la reconnexion à soi qu’on sous-estime systématiquement le plaisir simple et immédiat.

Pas le plaisir méritée après avoir tout fait. Pas le plaisir coupable qu’on s’accorde exceptionnellement. Le plaisir quotidien, ordinaire, non justifié. La musique qu’on aime dans la voiture. Le livre qu’on lit pour rien. Le café bu lentement en regardant par la fenêtre. Le bain chaud pris en semaine sans raison particulière.

Ces plaisirs simples nourrissent le système dopaminergique. Ils recréent progressivement la capacité à désirer, à anticiper avec joie, à se sentir vivante dans le quotidien.

Ils ne sont pas secondaires. Ils sont fondamentaux.

Intégrer délibérément un petit plaisir dans chaque journée pas comme récompense, comme pratique est l’un des actes de reconnexion les plus puissants et les plus accessibles.


Se retrouver n’est pas recommencer à zéro

La reconnexion à soi n’est pas un retour en arrière. Tu n’es pas en train de retrouver la femme d’avant les enfants cette femme n’existe plus, et c’est bien ainsi. Tu as vécu, appris, traversé des choses qui t’ont transformée.

Ce que tu retrouves, c’est le fil. La continuité entre celle que tu étais et celle que tu deviens. La capacité à écouter ta propre voix dans le concert des voix extérieures qui sollicitent ton attention en permanence.

Tu te retrouves pas comme destination finale, mais comme pratique quotidienne.

Et cette femme qui se retrouve plus ancrée, plus à l’écoute d’elle-même, plus capable de choisir depuis un endroit qui lui appartient vraiment c’est la femme que tes enfants ont besoin de voir exister.

Pas pour eux. Pour toi. Ce qui revient au même. 🌙


Diane, psychopraticienne et fondatrice de Mam and the City Cannes · Côte d’Azur · mamandthecity.com


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